Les mots, les langues et le lâcher-prise


Les mots, les langues et le lacher-prise par Nancy Ferger. Développement personnel et spiritualité.

Les mots doux, qui réconfortent, qui font chaud au coeur et qu'on aime prononcer.

Les mots terribles, ceux qui font mal, qui sont criés, qui laissent des traces.

Jouer avec les mots, en inventer, en oublier.


A demi-mot, sans mots, sans voix. Ce fut tout moi. Pourtant les mots, je les aime tant ! Depuis toute petite ils me fascinent. J'en ai fait de la poésie, des essais, des lettres d’amour, de reproches, des livres, des articles, des scripts, des panneaux entiers pour des expositions et bien d'autres choses encore.


Je les ai tu, de nombreuses fois et ces mots je les ai souvent cachés par peur d'être critiquée, humiliée, tournée en ridicule, copiée, abandonnée, rejetée, pas prise au sérieux, moquée.


Il y a 18 ans je partais. Je laissais tout derrière moi et je quittais la France pour le monde. L’envie de découvrir, d’apprendre, d'expérimenter la vie autrement. En France j'étais perdue. J'ai voulu aller me perdre dans le reste du monde. C'est bien plus grand. On s'y noie et personne ne nous voit.


Et puis j'ai découvert l’anglais et j’en suis tombée amoureuse, dans tous les sens du terme. La transition a pris du temps mais est venu le moment où jai adopté cette langue, laissant mon français natal pour me plonger dans un nouveau vocabulaire, des expressions et une culture australienne qui me fascinaient. Et cet anglais m’arrangeait bien car j’étais vraiment noyée et ce, pendant de nombreuses années. Donc le fait que ma famille et mes amis francophones ne puissent plus comprendre ce que je racontais, m’allait bien. Je n’avais aucune envie de dire à qui que ce soit que, ce que je faisais à l’autre bout du monde, était de me perdre encore plus.


Oui parce qu'avant j'avais une vie normale. J'avais un boulot de merde, une vie de merde, des amis de merde, un mariage de merde. Mais ça c'était avant. Et puis un jour tout à changé, j’ai tout bazardé. Après ça j’ai passé des années encore plus perdue mais je me sentais enfin libre. Mais alors je n’assumais pas du tout qui j’étais devenue. Je ne me voyais pas dire à ma famille et mes amis : "papa, maman, les gens, le monde entier, voilà, j’ai quitté mon job, ma vie, mes amis, mon mari. J’ai eut un éveil spirituel et à partir de maintenant communiquer avec des esprits sera mon nouveau boulot, la méditation ma nouvelle passion, réciter des mantras mon nouveau rituel et je vais vivre d'amour et d'eau fraiche, de passion et de poésie, d’Art et de contemplation de la vie et de préférence à poil sur les plages désertiques d’Australie". Non vraiment, je n‘assumais pas. Pas du tout même.

Donc j'ai continuer à me cacher, à partager au minimum qui je suis. Les fameux masques qu'on ne veut pas laisser tomber. Me cacher, cacher mes émotions. Mais le problème avec le fait de se cacher et de ne pas exprimer ses émotions, c'est qu'à un moment donné elles explosent, elle sortent toutes seules, n’importe comment et dans tous les sens.


Du coup pendant des années, mes partages donnaient du grand n'importe quoi. Je sortais des trucs de nulle part du genre “Hé oh les gens, vous ne voyez pas que mon truc de spiritualité ça ne marche pas si bien que ça, que je souffre grave et que je suis devenue insomniaque à cause d’un divorce qui tourne au cauchemar” alors que les gens pensaient que je me dorais les fesses sur les plages australiennes toute la journée et sirotais des cocktails avec des amis géniaux à la nuit tombée. J’étais loin de cette réalité là. Très loin. Cachée sous un anglais qu'on ne comprenait pas.

Les amis, exprimez-vous, exprimez vos émotions et montrez qui vous êtes vraiment. Les bonnes personnes seront toujours là. Et sinon au pire des cas, vous serez seuls et apprendrez le bonheur de la solitude pendant un temps.

Enfin bref, pendant près de 15 ans, en anglais j'ai parlé, rêvé, travaillé, voyagé et dit des mots d'amour. L'anglais, je l'ai tellement vécu de l'intérieur que j'en ai perdu mon latin. Et si j’éprouve une certaine fierté d’avoir deux langues à mon arc que je parle couramment, il faut avouer que le français je l’utilise peu, presque jamais à vrai dire. Sauf que récemment, un shift s'est produit.

En 2018, j’ai quitté mon pays adoptif qu’est l’Australie, pour venir en France. Revenir vivre ici ne fut pas si simple que cela. La culture étant bien différente de ce que je connaissais à l'autre bout du monde, j’avais énormément de mal à m’adapter à mon pays natal. Donc j'ai continuer à voyager et la langue anglaise m’allait bien puisque j’étais en permanence à l'étranger et entourée d’anglophones.


Mais il y a 6 mois, je suis revenue en France et quelque chose de différent s'est produit. Pour la première fous j’ai vraiment réussi à reconnecter avec ma famille, je me suis fait un groupe d'amis en or que j’aime plus que tout et je suis tombée amoureuse de nouveau de mon pays, de ses longues plages à l’océan déchaîné, de ses paysages à couper le souffle, de la facilité de pouvoir se déplacer d’un endroit à un autre. La liste est longue et je pourrais parler des heures de ce que j'aime en France mais ce n’est pas le sujet. Ce retour en France a été différent et je me suis rendu compte que tout ce que je cherchais depuis 18 ans aux quatre coins du monde, avait toujours été ici en France.


Mais du coup, un shift linguistique s’est également produit. Mon cerveau a cramé et c’est devenu du franglais en permanence à l'intérieur. Je ne rêve plus en anglais. Je ne rêve plus en français. C'est un espèce de mix désagréable qui me donne des insomnies. Même dans mes rêves je me vois chercher mes mots dans l'une ou l'autre langue. Je continue à penser en anglais mais ma langue natale revient de plus en plus. Et du coup, j'ai pris conscience des lacunes énormes que j'ai développé. Oui, le vocabulaire ça se perd, même dans sa langue maternelle.


L'autre jour, je lisais un article philosophique en français et jai mis des heures à le comprendre. Il y avait tellement de mots dont j'ai oublié la signification que j'ai lâché l'affaire d'aller rechercher leur définition. Pourtant j'ai étudié la philosophie. Pendant 5 ans quand même !


Et puis il y a eut ce déclic auquel je ne m’attendais pas, apparu il y a quelques semaines. Un truc tout bête. J'ai fait un message vocal à un ami anglophone et je me suis entendue. La veille j'avais un accent anglais plutôt bien. Un espèce de mix international qui fait que je peux passer incognito dans de nombreux pays sans que les gens sachent vraiment d'où je viens (toujours le truc de me cacher) avec des pointes australiennes et quelques notes françaises quand il faut. Mais là, sur ce message vocal c'était l'horreur. Du vrai petit beurre franchouillard à couper au couteau. Je me suis faite halluciner moi même. Comment d'un seul coup mon accent avait autant changé ?

Quand on te pousse au changement et que tu résistes, l'univers tout entier va conspirer à faire en sorte que tu acceptes d'entrer sur le nouveau chemin qui se dessine, et ce, quoi que tu fasses. Et plus tu résistes, plus c’est douloureux.

Ça c’est la phrase à retenir. En tout cas c’est mon vécu.


Bien interloquée par mon changement d'accent soudain, Je me suis posée des questions mais sans plus. Je voyais bien qu’il allait falloir que je fasse un changement de langue mais je repoussais. Laisser tomber l’anglais voulait dire accepter de peut-être le perdre, de l'oublier, et ça, c'est ce que je n'arrivais pas à lâcher car ça impliquait trop de choses et qu'on commence vraiment à me voir pour qui je suis réellement.


Le lendemain, je tentais de réserver l'hôtel de mes rêves en espagnol pour un voyage que je m’apprête à faire en Amérique Centrale. Une vraie catastrophe. C'est là que j'ai capitulé. Tout est devenu clair.


L'espagnol je le parlais très bien. Avant. J'étais bilingue même. Mais ça c'était avant de devenir bilingue en anglais. Et mine de rien, quand on parle la langue de Shakespeare, on n'a plus besoin de faire d'efforts. Du coup, j'ai passé 18 ans à voyager sans vraiment me soucier de la communication puisque je pouvais être comprise partout. (Ils sont feignants ces anglophones!) J'apprenais donc les bases des langues des pays dans lesquels je vivais, juste assez pour pouvoir me dépatouiller au cas où je me retrouve coincée dans le désert avec un groupe de personnes âgées sans dictionnaire ni acolyte polyglotte pour m'aider.

Aujourd’hui, je pourrais parler allemand et Bahasa couramment. Et même si je ne me débrouille pas trop mal, en toute honnêteté, si je n'avais pas eut l'anglais comme langue-qu’on-parle-partout-dans-le-monde-même-dans-des-villages-reculés je les maitriserais bien plus que ça.


L'espagnol, je suis capable de le retrouver. Et partir de nouveau en Amérique Centrale et esquiver la langue, ça ne me paraît plus être une option parce que mine de rien, communiquer avec les locaux dans leurs langues, c'est quand même génial et ça crée des liens magiques avec les gens.


Je pense que la peur de perdre mon anglais a fait que j'ai toujours refusé de me plonger dans un autre language. Il a été tellement difficile de maîtriser cette langue, ses subtilités, comprendre son slang et son humour. Je n'ai jamais eut le courage de recommencer dans une autre langue. Et puis le but de la langue étrangère étaient de me cacher sauf que les masques on en a marre. À un moment donné il faut savoir les lâcher.


Il m'est donc paru clair que si je ne laissais pas tomber l'anglais et toutes mes peurs, jamais je pourrais me remettre à l'apprentissage des langues mais aussi, vraiment avancer dans cette nouvelle vie française qui se déploie.


Donc voilà. J'ai décidé de m'exprimer et de partager qui je suis. Je me rassure en me disant que j'ai gagné en âge et en maturité donc je devrais dire un peu moins de conneries qu'il y a quelques années, mais bon après tout on s'en fiche. Dire des conneries c'est moi aussi.


Et mine de rien, j'ai une vie... Palpitante, c'est le cas de le dire. Mais surtout, elle n'est vraiment pas banale et je suis sûre que mes expériences rocambolesques et les leçons que j'en tire vont au pire vous faire bien marrer, au mieux vous inspirer.


En 18 ans j'ai voyagé, vécu dans plein de pays différents (la liste exhaustive est par là). Je me suis mariée, j'ai divorcé, j'ai élevé 3 filles, vécu l'histoire d'amour de ma vie, un éveil spirituel carambolé qui m'a fait prendre pour Dieu pendant un temps. J'ai eut des jobs de dingue, d'autres horribles, j'ai changé de direction, demi tour à 180°C, première à droite, changé de voie, de boulot encore et encore. Je me suis perdue. Longtemps. Très longtemps. J'ai monté des business qui ont tous foiré. J'en ai monté pour les autres qui eux ont cartonné. Je me suis pris des pins dans la tronche. Au sens figuré comme au sens littéral. J'ai morflé, pleuré, crié de désespoir. J'ai guéri, me suis adoucie, assagie et j’ai retrouvé espoir. J'ai changé. Tellement changé.


Je suis devenue énergéticienne (terme générique qui englobe les différentes pratiques qui me font vraiment vibrer). Je me suis passionnée encore plus pour l’humain, les gens, l'amour, la beauté, la douceur, l'innocence des enfants, la nature, les déserts, les étoiles, leurs sens. Comprendre. Savoir. Encore et toujours plus. Dépasser ces limitations de l'esprit. Toujours. Mais c'est ça la vie! Parfois se perdre, loin, très loin même – pour moi ce fut au bout du monde, dans la langue anglaise et dans les mondes invisibles, pour mieux se retrouver, se sentir vivante, incarner son humanité.


Un Gémeaux qui ne s'exprime pas est un Gémeaux qui étouffe. D'ailleurs quand j'ai peur d'être moi je fume. Je m‘étouffe moi-même même si la vie ne m'étouffe pas. Et vu que je n'ai pas vraiment envie de mourir étouffée, je vais m’exprimer, dans ma langue natale, en écrivant d'un vieux Mac américain de 2012 et avec un clavier QWERTY sinon c'est pas drôle. Voyez l’effort ici, j'ai réussi à caler quand même pas mal d'accents dans mes phrases. C'est un exploit.


Et puis, avec des fautes d’orthographe aussi, des tournures de phrases déglinguées qui vont faire pâlir les amoureux des lettres (je suis certaine qu’il y en a bien un qui va faire une remarque sur les répétitions de certains mots – les synonymes bordel !) et des expressions “as been” depuis au moins 18 ans (j'ai toujours mon "gavé" bordelais bien ancré de quand j'y étudiais il y a 20 ans).


Alors je vous accueille ici dans mon monde et son entièreté. Prenez un thé. Le reste c'est offert, le Frenglish et autres fautes d'orthographe et tournures de phrases inappropriées sont pour la maison.


Nancy


 

Si toi aussi tu es un coincé des émotions, que tes peurs te paralysent et que tu galères à lâcher-prise, tu peux me contacter ici pour qu'on travaille ensemble dessus. Parfois un coup de main (et de pied de l'Univers) sont tout ce dont on a besoin.