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  • Nancy IwakApi

Prières aux terres aborigènes


Le 26 janvier en Australie, on célèbre Australia Day, le jour de l'invasion blanche en terres aborigènes et le début de l'extermination des populations locales.


Quand je vivais en Australie, avec mon compagnon de l'époque, on se levait ce matin-là et on allait sur la plage prier pour ces gens dont les vies ont été détruites et dont les descendants portent encore aujourd'hui des séquelles.

Puis, on accrochait un drapeau aborigène sur notre voiture et on peignait des "Sorry" et "Always will be Aboriginal Land" sur la carrosserie. On montait à l'intérieur et on mettait du Midnight Oil et des chants aborigènes à fond, descendant les fenêtres pour que les passants entendent. Et on faisait toute la côte pendant plusieurs heures, au son de la rébellion.

Enfin, on finissait la journée à célébrer avec nos proches et nos amis. Célébrer d'être vivants, d'être sur ces terres sacrées, d'avoir la chance honteuse d'avoir atterris ici, non pas par droit mais parce que nos ancêtres en ont forcé l'appropriation.


C'était notre façon à nous de passer cette journée.

C'était notre façon à nous de nous rebeller contre le gouvernement.

C’était notre façon à nous, certainement un peu gauche, de dire qu’on n’était pas d’accord avec ce jour de fête.

C’était notre façon à nous d’essayer de se faire pardonner pour toutes ces atrocités dont on se sentait responsables.

C'était notre façon à nous de tenter de nous repentir face à un peuple. Nous, héritiers de ces blancs qui avaient créé l'un des plus gros génocides de l'histoire de l'humanité, histoire dont on parle peu à l'école. Terra nullius y étant souvent mentionné.


Ah ce fameux terra nullius ! Ce principe utilisé en droit international pour justifier de l’appropriation de terres soi-disant inhabitées.

Pas si nullius que ça cette terre australienne, elle était. Des milliers d'hommes y vivaient depuis des centaines de milliers d’années, qu'on a exterminé ou enfermé dans des camps totalitaires en plein désert encore en fonctionnement aujourd'hui.


Oui, aujourd'hui encore, le peuple originaire de ce pays continent a l'un des plus haut taux de mortalité au monde alors qu'il vit dans l'un des pays les plus riches.

Oui, aujourd'hui encore, la plupart des aborigènes ont des conditions de vie déplorables qu'on tait, dont personne ne sait.

Oui, aujourd'hui encore, ils sont encore souvent relayés au rang de derniers d'une nation, n'ayant quasiment plus aucuns droits d'exercer leurs coutumes ancestrales.


Je ne sais pas comment il faudrait passer cette journée du 26 janvier. Les avis divergent. Nous, nous avions trouvé notre façon bien à nous et elle évoluait chaque année. J'imagine qu'aujourd'hui dans une population aux avis divisés, c'est à chacun de trouver ce qui est juste pour soi.


Pour ma part, ayant quitté l’Australie depuis 5 ans maintenant, je ne peux qu’observer de loin ce qu’il s’y passe. Et aujourd’hui, je ne peux que m'asseoir en prière et remercier ce pays qui m'a tant donné, ce peuple aborigène qui m'a guidé dans ma vie et sur ma voie spirituelle pendant des années et le fait encore maintenant.


Aujourd'hui, je ne peux que verser des larmes pour ceux qui ont souffert et souffrent encore.

Aujourd'hui, je ne peux que prier pour que la souffrance de ces peuples s'arrêtent et qu'ils trouvent ou retrouvent leur place, une place qui leur est juste, qui leur est dûment méritée.

Alors en ce jour, je pleure leur souffrance.

J'écris, pour ne pas qu'on les oublie.

Et je prie, je prie, je prie. Parce que ne pas prier pour eux serait n'avoir rien compris de ces 20 ans d'enseignements qu'ils m'ont apporté.

Alors je prie pour eux, pour les honorer et pour les délivrer parce que désemparée face à mon inutilité, je sais que la seule chose où j’ai un champ d’action est dans le fait de prier.


Donc je prie.

À ces terres aborigènes.

Australia will always be an Aboriginal Territory.


Et je ne peut pas signer cette article sans ce nom qu'ils m'ont donné.


IwakApi

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